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Notre avis sur la saison 2 de Validé (SANS SPOILER)

Validé saison 2

Après visionnage de la saison 2 de Validé, voici notre avis à chaud sur la suite de la série rap de Franck Gastambide. Ne partez pas, on vous promet qu’il n’y aura ici aucun spoiler narratif majeur.

On y est, après une attente interminable et des semaines de teasing, la saison 2 de Validé est disponible depuis le 11 octobre en exclusivité sur Canal + et MyCanal. Ainsi donc, comme de nombreux fans de rap, on s’est posé devant l’écran de télé et on a dévoré d’une traite les neuf nouveaux épisodes de la série de Franck Gastambide. La nuit est passée et à chaud, voici ce qu’on en a pensé.

On savait depuis quelques semaines maintenant qu’Apash, le personnage incarné par Hatik dans la saison 1 ne reviendrait pas dans cette deuxième saison. Le réalisateur de Taxi 5 a en effet fait le pari audacieux de tuer de sang-froid son héros principal dans l’épisode final de son premier acte. Aussi surprenant soit ce choix, il signe la conclusion de l’histoire d’un prodige fictif du rap, dont la carrière et la fin ne sont pas sans rappeler celle des légendes Tupac et Biggie. Mais le passé, c’est le passé. Il est temps de se tourner vers l’avenir. Cette fois, c’est Sara, aka la rappeuse Lalpha, incarnée par la jeune MC parisienne de 27 ans, Laëtitia Kerfa qui se retrouve sous le feu de projecteurs.

Dans les yeux de Lalpha

Histoire de bien planter le décor, on commence par le pitch. Comme annoncé dans la bande-annonce dévoilée quelques semaines plus tôt, William et Brahim, les deux potes et associés du regretté Apash décident de monter le label Apash Music en son honneur et pour faire perdurer son héritage. En quête de leur première signature artistique, ils tombent sur un freestyle vieux de huit ans d’une rappeuse prénommée Lalpha. Malheureusement pour eux, les années ont passé et cette dernière a tiré un trait sur le rap. Bien qu’elle soit toujours aussi douée micro en main, elle ne souhaite pas se lancer dans une carrière. Au final, après le buzz d’un de ses freestyles, la tentation est trop forte et elle décide de tenter l’aventure jusqu’à ce que son passé de quartier finisse inéluctablement par la rattraper…

Comme on pouvait s’y attendre, la question de la place de la femme dans le rap, et plus généralement dans la société, est centrale dans l’intrigue de cette saison 2. Néanmoins, pour ceux à qui viendrait l’idée de taxer Gastambide de féministe opportuniste avant même d’avoir regardé la série, détrompez-vous, car ce n’est absolument pas le cas. Si les clichés tenaces d’un rap game machiste et misogyne planent au-dessus d’elle tout au long de l’intrigue, Lalpha s’en émancipe très vite pour se concentrer sur tout ce qu’elle a à raconter. L’histoire d’une rappeuse hors pair dont les galères de la vie vont bien au-delà de la musique.

Très vite confrontée à la réalité, elle est rattrapée par ses difficultés au quotidien en tant que de mère célibataire isolée. Bien évidemment, tous ces tracas extra-musicaux ne l’empêchent pas à rester digne face au machisme du game et au harcèlement moral dont elle est victime. Toutes ces galères cumulées font qu’elle passe par toutes les émotions. Régulièrement poussée dans ses derniers retranchements ses émotions sont souvent intenses, mais elle les retranscrit brillamment à l’écran.

Est-ce vraiment une surprise quand on sait que Laëtitia Kerfa, la MC et actrice qui incarne le personnage de Lalpha a fait ses débuts en tant que comédienne dans le théâtre ? Pour sûr qu’une actrice autant en phase avec son personnage, rend forcément celui-ci encore plus attachant.

Au final, en faisant le choix d’un féminisme au service de son scénario, le réalisateur, portée par la performance poignante de Laeti a le mérite de faire bouger les choses. Il n’empêche que si le thème de la galère d’être une femme dans le rap est plutôt bien amenée, le reste de la formule Gastambide prend peu de risques.

Une formule Gastambide fidèle à elle-même

Le meilleur de cette saison 2, parlons-en. D’abord, il est plaisant de constater que tous les personnages principaux de la saison 1, s’ils conservent le noyau de leur personnalité, évoluent et gagnent tous en profondeur, en particulier Mastar d’ailleurs. Même Brahim. Bien qu’il ne change pas fondamentalement et continue de jouer le teubé/rigolo de service, il prend du relief et ça, ça fait plaisir.

De plus, bien que le récit jouisse de quelques scènes légères, le ton de cette deuxième saison prend un virage résolument plus sombre et dramatique. À noter aussi que le réalisateur délocalise une partie de son histoire à Marseille. Un ajout plus que bienvenu, mais qui aurait gagné à être poussé plus loin. Si Alonzo fait résolument le taff’ dans son rôle de représentant de la cité phocéenne, en sachant à quel point la scène rap marseillaise a le vent en poupe en ce moment, on regrette de ne pas voir plus de ses artistes à l’écran. Ce petit bémol sera la transition parfaite pour aller dans ce qui pèche.

En effet, une fois l’effet hype de la nouveauté passé, on ne peut que constater que la formule narrative du réalisateur ne se renouvelle pas vraiment d’une saison à l’autre. Il est vrai qu’en dépit de quelques plot twists et autres retournements de situations plutôt inattendus, les enjeux scénaristiques de Lalpha et ses compères ressemblent grandement à ceux auxquels étaient confrontés Apash et les siens dans la saison 1.

En excluant évidemment les enjeux spécifiques de Lalpha, propres à sa condition de femme dans le rap et dans la société, les péripéties rencontrées par le personnage incarné par Laëticia Kerfa reposent la plupart de temps sur les mêmes grosses ficelles scénaristiques que celles de la première saison. En vrac : les rivalités dans le game, les règlements de comptes violents dans les quartiers, les producteurs ripoux, l’éthique contestable des médias, la pression des réseaux sociaux, les dilemmes artistiques, les fantômes du passé qui ressurgissent etc…

Ces thème omniprésents constituaient la principale critique faite à la saison 1 de Validé, à savoir une vision du rap game un peu trop fictionnée et fantasmée. Et bien c’est toujours la même pour cette saison 2. C’est ainsi qu’on regrette que la série, même si elle déclare sincèrement son amour pour le rap, attise encore un peu plus les clichés déjà tenaces dont le genre souffre depuis longtemps. Alors ok, c’est bien fait et ça rend la fiction plus spectaculaire et excitante pour le spectateur, mais n’aurait-elle pas gagné en crédibilité à se focaliser davantage sur la musique et la création artistique plutôt que sur le sensationnalisme ? Question de point de vue en somme.

La vision du rap game de Gastambide a beau être volontairement plus spectaculaire, la série n’en est pas moins captivante. L’univers façonné par le réalisateur français, s’il ne nous trompe pas sur les réalités du monde du rap, nous offre des personnages crédibles, attachants et se laisse excessivement apprécier pour son haut potentiel de divertissement.

En définitive, il est évident que la saison 2 de Validé est un pari plus que réussi. Et Dieu sait qu’avec le succès stratosphérique de la première partie, la pression sur les épaules du réalisateur était immense. Mais il peut désormais respirer et savourer sa réussite tranquillement, car en plus d’être à ce jour la série au plus gros succès de l’histoire de Canal +, Validé vient d’être rachetée par HBO Max et Radio Canada. Si ça ce n’est pas un gage de carton massif, on se demande ce que c’est.

Ça y est, en est en 2021 et grâce à cette production, le rap français peut être fier d’être enfin mis en avant positivement sur des canaux de diffusion grand public français et internationaux. Pour cela, la culture hip-hop peut dire merci à Franck Gastambide.

 

Validé : une vitrine grand public pour le rap français

Il l’a dit et répété, l’une des ambitions de Franck Gastambide avec cette série était d’offrir une exposition massive pour le rap français. Et au-delà des références et autres easter eggs décelables au fil des épisodes, qui dit vitrine du game dit guests à foison. C’est ainsi qu’à l’instar de la première saison, toute une partie du paysage rap français a répondu à l’appel de cette suite.

Dans cette saison 2, parmi la grosse trentaine d’invités répertoriés, les plus exposés sont Rohff, Soolking, Alonzo et Fifou qui jouent leurs propres rôles et apparaissent même comme des personnages clefs de l’intrigue, Les autres apparitions relèvent plus du cameo, mais apportent une crédibilité et une plus-value supplémentaire à la série, en plus de faire plaisir aux fans. La vérité, c’est qu’il est toujours marrant de s’amuser à repérer tous les guests de chaque épisode. Cela sans regarder les noms au générique bien sûr.

Quid d’une éventuelle saison 3 maintenant ? À ce sujet, le réalisateur Franck Gastambide a été très clair : « On fera une saison trois uniquement si on a une idée patate », a-t-il déclaré au micro de l’émission Mouv Rap Club. Une ambition lucide qui éviterait à la série de potentiellement trop se répéter, ou pire encore, de tomber dans le fâcheux cliché de la saison de trop.

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